Les hommes, de plus en plus matérialistes… : «Pas question d’épouser un cas social»

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couples-et-materialismeUne étiquette jusqu’ici collée à la gent féminine, le matérialisme a de plus en plus tendance à devenir l’apanage du sexe fort. Une nouvelle corde à l’arc de ces hommes réputés infidèles et machistes, pour la plupart. Refusant de vivre d’amour et d’eau fraîche, ils font de leur proie les femmes avec un compte bancaire bien fourni et un bon job, qui ne vivraient pas à leurs crochets ou pendues à leurs basques. Et donc cas social, s’abstenir !  Pour s’assurer de bien ferrer leurs «pigeonnes», dès le premier rendez-vous, ces mâles dominants annoncent les hostilités. La question, «tu fais quoi dans la vie», ne se fait pas attendre. Comme une ritournelle, elle est devenue le b-a-ba de la drague, les préliminaires avant de passer à une étape supérieure de la relation… Pour légitimer cet amour du matériel, la sempiternelle «on ne vit pas que d’amour et d’eau fraîche», revient. Ne dit-on pas que l’argent ne fait pas le bonheur ? En tout état de cause, être belle, bien roulée, avoir toutes les qualités d’une bonne femme d’intérieur doublée d’un cordon bleu, ne semble plus suffire aux yeux de ces hommes qui n’ont d’yeux que pour le profit…

ABDOU FAYE, 25 ANS, ETUDIANT A L’UCAD

«Ma copine gagne bien sa vie et me gâte»

«Je suis un homme matérialiste, je l’avoue. J’allie études et boulot, je n’ai pas encore des moyens suffisants pour m’entretenir correctement. Comme vous me voyez, je m’habille très classe, j’aime les beaux habits et je n’ai pas totalement les moyens de ma politique. C’est pourquoi, je ne sors qu’avec les filles riches. Ma copine actuelle est issue d’une famille aisée et gagne bien sa vie, elle a 27 ans. Elle me donne tout ce dont j’ai besoin et satisfait mes moindres caprices. Honnêtement, je ne suis même pas sûr de mes sentiments pour elle. En revanche, je sais qu’elle me gâte énormément et si je l’épouse, mes finances ne s’en porteraient que mieux.»

ASSIETOU DIOP, 35 ANS, COIFFEUSE

«Mon ex m’a quittée pour les beaux yeux d’une bourgeoise»

«Je suis très bien placée pour parler des hommes matérialistes, car j’en ai fait les frais. Mon ex-copain, celui que j’aimais de tout mon cœur, celui à qui j’ai tout donné, m’a laissé en plan, pour les beaux yeux d’une autre plus riche que moi. Sachant que je ne suis pas en mesure de contenter ses délires narcissiques, il m’a tout simplement larguée comme une vieille chaussette usée. Il est allé se réfugier dans les bras d’une bourgeoise qui vit à l’étranger. Il l’a épousée et celle-ci lui a acheté une voiture, un appartement, après leur mariage. Depuis, il flambe et fait le coq dans la ville. Je travaille dans un salon de coiffure très connu  et  on me payait 70 000 F.CFA par mois. Même si mon salaire est minime, je lui faisais des cadeaux. Depuis lors, je considère les hommes comme des profiteurs, ils n’agissent que par intérêt.»

ASSANE DIOUF, 27 ANS, CHOMEUR

«Je ne traîne pas avec les pauvres»

«Je ne badine même pas sur la question. Pour moi, les biens matériels sont synonymes de réussite dans la vie. Et pour cela, je me donne les moyens d’arriver à mes fins. Non seulement, je n’entretiens des relations amoureuses qu’avec des femmes riches, mais je ne me lie d’amitié qu’avec des gens fortunés. Je ne peux pas être pauvre et traîner avec des crevards. Je n’ai rien à faire avec cette catégorie sociale et ils n’ont rien à m’offrir. Qu’on me traite de «profitard», c’est le cadet de mes soucis. D’ailleurs à cause de mes fréquentations, j’ai un I Phone 4, je roule dans des bolides de star, je vais dans les boîtes de nuit les plus en select de la place. Tout cela, sans avoir levé le plus petit doigt.»

MODOU SOW, 34 ANS, AGENT COMMERCIAL

«Je veux une femme indépendante financièrement»

«Je ne suis pas encore marié, mais au moment de le faire, je chercherai une femme qui a une certaine assise financière. Une femme qui pourra participer aux charges de la maison. Il est hors de question que je m’engage pour toute la vie, avec une femme qui ne fait rien dans la vie. Je veux une femme autonome, indépendante financièrement. Vous savez très bien que nous sommes au 21e siècle et c’est révolu d’entretenir totalement une femme. Elles doivent participer à 50% à la dépense quotidienne. D’ailleurs, c’est elles-mêmes qui réclament leur parité. Il me semble que l’égalité mène irrémédiablement à l’indifférenciation des sexes. A ce titre, la femme peut tout autant entretenir l’homme.»

AÏCHA SOW, 41 ANS, COMMERÇANTE.

«Mon homme est matérialiste et je l’aime comme ça»

«J’ai de l’argent Alhamdoulilah. Je suis encore  célibataire. Je vis seule dans mon appartement au Point E. J’ai un copain  jeune. Il a 27 ans et est en master 2.  Je ne vais pas nier le fait qu’il soit matérialiste et lui-même ne le cache pas. Je le finance régulièrement dans ses projets, ses études, parce qu’il n’a pas encore les moyens de payer tout à ses frais. Cela ne me dérange pas. L’essentiel pour moi, c’est d’être heureuse et il m’apporte le réconfort et l’équilibre dont j’ai besoin dans ma vie. En somme, je ne suis pas contre cette tendance qui veut que l’homme vive aux crochets d’une femme, d’autant plus que nous sommes dans un monde où les mentalités évoluent.»

LE POINT DE VUE D’OUSMANE NDIAYE, SOCIOLOGUE ET MANAGER DES RESSOURCES HUMAINES

«La conjoncture ne permet plus aux hommes de prétendre au monopole des dépenses du foyer»

«On peut d’emblée poser l’hypothèse des difficultés économiques. La précarité économique n’a pas que des impacts sur le marché du travail et sur le portefeuille des citoyens, mais aussi sur leur vie amoureuse. Même si l’argent ne fait pas le bonheur, dit-on, il permet assurément d’offrir de meilleures conditions à l’épanouissement d’une relation amoureuse et à la création d’une petite famille, selon une nouvelle étude sur le sujet. La conjoncture actuelle ne permet plus aux hommes de prétendre avoir le monopole des dépenses du foyer. On ne vit pas seulement d’amour et d’eau fraîche contrairement à ce que dit ce dicton populaire. L’argent est aussi l’un des «mythes fondateurs» de la vie conjugale. Gare à celui qui s’écarte de ce mythe de départ, même implicite. Il risquerait de briser une des tables de la Loi du couple et de provoquer sa rupture. Ce mythe fondateur, c’est le programme sur lequel les deux s’engagent, un contrat moral tacite. On ne peut pas discerner dans ce cas de figure le matériel et l’argent, parce que c’est avec le dernier que l’on se procure le premier. Ce qui est important, c’est la circulation des ressources financières dans la sphère conjugale et aux luttes de préservation des intérêts individuels qui ont lieu au sein des couples, surtout si c’est la femme qui détient le pouvoir économique. On se marie plus par amour que par intérêt, même si de plus en plus de femmes ont conquis leur indépendance économique. Les problèmes financiers ne facilitent pas toujours la paix des ménages. Dans la tradition africaine, l’argent est souvent considéré comme étant incompatible avec les valeurs de la sphère familiale, il n’aurait pas sa place dans le couple, car l’amour conjugal se veut gratuit et désincarné. Malgré le langage du don et le désintérêt affiché par les couples, il existe des relations de pouvoir et des inégalités dans les prises de décisions, et dans l’administration des finances dans la maison…»

AIDA KANE

iGFM

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