Ramadan et sexualité : Secrets de femmes

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  • Catégorie : Rites et coutumes
femme-musulmaneLe mois de Ramadan est, pour beaucoup de femmes, un sacré prétexte pour échapper à une «corvée» : la sexualité.
Refuser l’acte intime en cette période fait souvent écran à des problèmes conjugaux importants. Confidences de femmes qui préfèrent l’abstinence imposée à une sexualité mal assumée.

Un rituel qui résiste au temps :
Pendant tout le Ramadan, les femmes se partagent entre-elles les recettes de cuisine, les astuces pour bien passer la soirée et les confidences pour entretenir leur sexualité. Nous sommes en l’an 1430 de l’Hégire, les sociétés ont certes évolué.
N’empêche, ce sont toujours les mêmes préoccupations, les mêmes soucis qui ressurgissent chaque année «A-t-on le droit d’embrasser son époux dans la journée ? Doit-on se laver les cheveux et renoncer à sa coiffure après chaque acte sexuel ? Les ablutions doivent-elles se faire avant l’aube ou le coucher de soleil ? Le gel douche est-il recommandé pendant le bain purificateur ? Les SMS érotiques sont-ils interdits ? …».
Autant d’interrogations qui résultent d’une évidente frustration. Mais ce n’est pas le cas pour tout le monde.

Il semblerait que le malheur des unes fait le bonheur des autres :
«Vivement le mois de Ramadan, je l’attends avec impatience. Mon mari sera obligé de me laisser tranquille. J'en ai assez de me chamailler avec lui à chaque fois qu'il veut m'approcher,» lance Ihsen, 38 ans, sans la moindre gêne. Si les unes affichent ouvertement leur mécontentement et tentent par tous les moyens de contourner les interdictions, les autres jubilent intérieurement à l’idée de refuser l'acte intime, trente jours durant. "Une corvée ? Mais bien sûr ! " répond Ihsen avec davantage de franchise.

Nombreuses sont celles qui profitent de l'avènement du mois saint pour mettre au frigo leur vie sexuelle et épouser la chasteté. Elles enterrent leur libido et vaquent à d'autres occupations : elles s'acharnent au travail, dans la cuisine, préparent les plats succulents, multiplient les prières, dévorent les programmes de la télévision,... Bref, tout est bon à faire, à déguster en ce mois sacré, sauf le plaisir charnel. " Ramadan n'est pas propice à la sexualité, il vaut mieux en profiter pour se rapprocher de Dieu et solliciter sa miséricorde", estime Aziza, mère de trois garçons.

Le verset 183 de la sourate "El baqara" est pourtant clair : il faut s'abstenir de boire, de manger et de pratiquer la sexualité seulement durant la journée. Dès la rupture du jeûne, tout est permis jusqu'à l'aube. Le contact physique est donc autorisé à condition de prendre un bain rituel avant l'appel du muezzin annonçant une nouvelle journée et le début du jeûne. Si la religion musulmane appelle à la maîtrise des pulsions, elle ne recommande nulle part la mise au placard de la sexualité.

Pour ces femmes abstinentes "volontairement", le recueillement et la piété ne seraient donc qu'un prétexte pour refuser un acte que l'on redoute en fait à chaque instant de la vie intime, Ramadan ou non. "Dieu et son prophète avant tout " Les raisons de ce rejet sont multiples et différents, selon le vécu de chacune. A entendre leurs confidences, ce sont généralement les problèmes conjugaux qui sapent le désir et provoquent le dégoût. Elles ne sont pas "épanouies", elles ne sont pas "heureuses", elles ne sont "plus amoureuses"...Elles craignent le contact physique avec leurs conjoints et retardent les moments de rapprochement.

D'ordinaire, elles invoquent la migraine, la fatigue...et voilà qu'arrive ...Ramadan. "Une grande bouffée d'oxygène", comme l'affirme Rim Ben Rejeb, femme au foyer, à peine la trentaine. Elle connait par coeur les préceptes de l'islam, ce qu'il faut faire, ce qu'il ne faut pas faire.

Elle admet toutefois que c'est plus fort qu'elle : elle s'impose l'abstinence pour fuir un problème de communication avec son époux. "Il ne me comprend pas sur le plan sexuel et il ne veut rien entendre. Pour lui, c'est à prendre ou à laisser. Je laisse tomber. La sexualité avec lui ne me dit plus rien, elle ne me procure aucun épanouinessement". Elle reconnaît que le mois sacré est un sursis. "Le reste de l'année, c'est infernal".

Quoi que l’on dise, quoi que l’on explique, les relations intimes restent un sujet très personnel, propre à chaque couple, spécifique à chaque partenaire et voilà que s'ajoute l'équation sexualité-recueillement.

D’où d’ailleurs cette envie de se confier à sa cousine, à sa meilleure amie, de s’exprimer et de trouver une solution à un cas isolé. «J’en parle pour me soulager», admet Aziza. Elle vit à Sousse, elle est mariée depuis cinq ans, elle n’avait jamais douté que le mois saint allait révéler autant de failles dans sa vie conjugale. «C’est pendant le mois de Ramadan, dit-elle, que j’ai découvert que mon mari n’est pas aussi croyant qu’il le prétendait ; il n'observait pas le jeûne et m’obligeait à lui préparer à manger et assouvir ses désirs sexuels. Si je refuse, cela dégénère. J'avais honte de ses agissements. J'ai gardé le silence pendant longtemps, j’ai osé en parler à ma sœur aînée seulement deux ans après". Mère d'un bébé, elle prend son mal en patience. "J'ai fait un mauvais choix!". Et elle se débrouille comme elle peut pour .....échapper à la sexualité : "Je reste dans la cuisine le plus longtemps possible et je m'occupe de mon bébé. J'invente parfois des scénarios pour le repousser".

Pour certaines femmes, qu'il soit en hiver ou en été, tel le cas cette année, le rythme ramadenesque est en soi inhibiteur. Après une journée d’abstinence et de privation, l’estomac retrouve tous ses droits, s’ensuit un relâchement spontané du corps et de l’esprit. Après la rupture du jeûne, les fervents pratiquants partent à la mosquée pour les prières des «Trawih», les adeptes de la télé ingurgitent les feuilletons et les variétés, les plus tabagiques parmi les hommes s’attablent confortablement dans un café, les femmes doivent préparer le «shour» et se donnent à fond dans la préparation des sucreries.

Que reste-t-il du désir ? Comment l'alimenter ? Comment retrouver toute sa sensualité au bout d’une journée où se mêlent privation, consommation, stress, fatigue, délassement ?
«Je tire un trait sur ce sujet pendant Ramadan, prier est plus important. Du début jusqu’à la fin, je me consacre entièrement à ma maison et à mes enfants, je leur fais plaisir, quoi de mieux ?», Alia Ben Hamida, 52 ans, peu bavarde est néanmoins catégorique : «Dieu et son prophète avant tout».

Violence et injures tuent le désir
"Si je m'entendais bien avec lui, j'aurais supporté le rythme effréné de Ramadan". Monia, chef de service dans une banque, affirme gérer son temps à la perfection, mais, lance-t-elle "Ce n'est pas là le problème !". "Mon époux, explique-t-elle, n'est jamais à l'aise; il est tout le temps stressé, il ne pense qu'à la gestion de sa société.

Il ne me manifeste aucune affection, aucun geste tendre, ce qui me laisse de marbre au lit. Elle admet ne pas être heureuse mais, précise-t-elle, "Ramadan me fait tout oublier. Le soir, après la rupture du jeûne, soit j'assiste à des spectacles, soit je reçois des amis; je leur prépare des délices, voilà mes seuls plaisirs". Ahlem Jouini, 29 ans, vivait pratiquement le même problème, elle en a trouvé la solution en peu de temps : "Je me suis mariée en 2007, juste quelque mois après je ne supportais plus l'idée de partager le lit avec lui, je suis très sentimentale mais lui je le trouvais froid et ennuyeux, je me suis rendue compte que je n'ai jamais été amoureuse de lui.

J'étais incapble de lui dire en face toute la vérité, lui expliquer mon mal-être...J'ai attendu le mois de Ramadan avec impatience qui n'a pas tardé à venir. Je lui disais que j'étais épuisée et je différais l'acte sexuel en toute sérénité. Cela a été une délivrance et m'a renforcé dans mes convictions. J'ai divorcé à l'aube de l'hiver 2008". A la base, Ramadan est un mois dédié à la prière et à l'imploration. Plus on se rapproche de Dieu et mieux c'est. Le paradis est promis à tous ceux qui parviennent à maîtriser leurs sens et leurs envies du premier jusqu'au dernier jour du mois. D'ou le paradoxe, d'ailleurs.

Cela dit, si certaines personnes, -hommes et femmes-, se négligent physiquement jusqu'à l'avènement de l'Aid et mettent en berne leur désir, d'autres tombent dans les excès mais dans un autre sens.

En voici la démonstration :
"Au Ramadan, il a un appétit féroce pour la bouffe et pour la sexualité; il devient méconnaissable, incontrôlable. Le malheur, c'est qu'il se laisse aller, il se rase rarement, il ne sent pas bon et il ne fait aucun effort pour me plaire parce que comme il l'avance, c'est "Hram". Je suis quelqu'un de très maniaque et il le sait.

A la fin, il m'énerve, il m'épuise..", se lamente pour sa part Marwa Khlifi, qui préfère quitter Tunis, direction le sud du pays. "Je préfère être chez mes parents, avec les enfants uniquement. "Il y fera chaud cette année mais je serai tranquille". "Ramadan n’est pas une parenthèse dans la vie du couple" remarque de son côté Mounira, enseignante retraitée. Mariée depuis plus de trente ans, elle constate que le mois saint exacerbe forcément une vie sexuelle déjà monotone, car, explique-t-elle "l’ambiance est plutôt familiale que privée"....
 

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